Les Ignorants – Etienne Davodeau

 

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Aujourd’hui s’achève mon petit tour des lectures d’été. Et pour finir, je vous propose une BD qui a, pour moi, un petit goût de rentrée. C’est le crayon du dessinateur, et sa jolie palette de gris, c’est la présentation du monde du livre, de la création littéraire, c’est la culture de la vigne et du vin. Une belle immersion…

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Blitz (Black-Out – All Clear), Connie Willis

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«M. Dunworthy avait dit  que La Lumière du monde était la première chose qu’il avait découverte à Saint-Paul, lors de sa première visite. Le tableau était sans doute accroché non loin, dans l’une des ailes latérales. S’il se trouvait encore là. Sur les murs, des carrés pâles indiquaient l’emplacement de toiles qu’on avait enlevées.

Non. Il était là, dans une baie à mi-chemin de la travée sud, et il ressemblait avec une fidélité parfaite à la description qu’en avait faite M. Dunworthy. Vêtu d’une robe blanche et couronné d’épines, le Christ se tenait au milieu d’une forêt que baignait un crépuscule d’un bleu profond. Il portait une lanterne et attendait devant une porte en bois, impatient, la main levée pour y frapper.

C’est M. Dunworthy! Il veut savoir pourquoi je ne suis pas encore venue au rapport. Pas étonnant qu’il aime tant ce tableau.

Polly n’était pas très impressionnée. La peinture était plus petite qu’elle ne l’avait imaginé, très démodée, et à deuxième examen, le Christ lui semblait moins impatient que dubitatif, comme s’il ne croyait pas que l’on répondrait à son appel. Ce qui risquait fort d’être le cas, si l’on en jugeait par l’état de l’huis. De tout évidence, on ne l’avait pas ouvert depuis des années. Du lierre s’y était entortillé, et des herbes folles en obstruait le seuil.

-Je laisserais tombé, à ta place, murmura Polly.»

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Oxford, futur proche. L’université est définitivement dépoussiérée : historien est devenu un métier à haut risque. Car désormais, pour étudier le passé, il faut le vivre. Littéralement.
Michael Davies se prépare pour Pearl Harbor, Merope Ward est aux prises avec une volée d’enfants évacués en 1940, Polly Churchill sera vendeuse en plein coeur du Blitz, et le jeune Colin Templer irait n’importe où, n’importe quand, pour Polly…
Ils seront aux premières loges pour les épisodes les plus fascinants de la Seconde Guerre mondiale. Une aubaine pour des historiens, sauf que les bombes qui tombent sont bien réelles et une mort soudaine les guette à tout moment. Sans parler de ce sentiment grandissant que l’Histoire elle-même est en train de dérailler.
Et si, finalement, il était possible de changer le passé ?

Les passagers du vent, Bourgeon

Les apssagers du vent, Bourgeon (1)

Je vous propose à nouveau de la Bande Dessinée, avec, cette fois-ci, une immersion dans la vie d’Isa, jeune femme du XVIIIème siècle, sous le magnifique coup de crayon de Bourgeon.

Isabeau est une jeune femme de famille noble. Pour échapper à la justice et sauver sa vie et son honneur, elle s’embarque, avec son amant Hoël, marin, sur un négrier en partance pour l’Afrique.

Bourgeon nous régale dans cette aventure ultra documentée, qui nous donne à voir les réalités de la traite des nègres, et les premières prises de conscience.

Les apssagers du vent, Bourgeon (3)

Sur fond d’épopée marine, nous suivons leurs aventures et leurs rencontre, à travers sept tomes.

  • La fille sous la dunette
  • Le Ponton
  • L’heure du serpent
  • Le comptoir de Juda
  • Le bois d’ébène
  • La petite fille bois-caïman, livres 1 et 2

Les apssagers du vent, Bourgeon (2)

L’Allée du Roi, Françoise Chandernagor

L'alée du Roi- Françoise Chandernagor

«Un jour, étant venue passer quelques heures à Versailles chez Madame de Montespan, j’étais allée en promenade avec elle et Madame d’Heudicourt; cette dernière dit au Roi que Madame de Montespan et moi avions parlé devant elle de choses si relevées qu’elle nous avait bientôt perdues de vue. Le Roi en fut si fâché que, pensant que sa maîtresse pouvait avoir plus de plaisir à m’entretenir qu’à lui parler, il exigea d’elle, par une délicatesse de passion, de ne pas me dire un seul mot le soir, quand il serait sorti de sa chambre. Je m’en aperçus bien et voyant qu’on ne répondait plus à toutes mes questions que par un «oui» et un «non» assez secs:

-J’entends, dis-je à la favorite, ceci est un sacrifice; je vais le tourner au profit de mon sommeil et me retirer.

Mais, comme je me levais, Madame de Montespan m’arrêta, charmée que j’eusse pénétré le mystère; la conversation n’en fut que plus vive après.

-Savez-vous, lui dis-je, de quoi nous avons l’air à causer ainsi toutes deux après la promesse de silence qu’on a exigée de vous? Eh bien, nous faisons à l’homme qui vous aime ce que fit, il y a quelques années, Mademoiselle de Lenclos au marquis de La Châtre: il avait obtenu d’elle un billet où elle lui promettait fidélité; elle n’en continua pas moins de mener son train ordinaire mais, chaque fois qu’elle prenait un nouvel amant, elle disait entre ses dents: «Ah, vraiment, le bon billet qu’a La Châtre!» Le billet qu’a ce soir certain homme de votre connaissance ne vaut guère mieux apparemment!

Madame de Montespan riait, et, d’historiettes en moralités, nous causions fort agréablement des nuits entières quand j’allais la trouver dans ses palais.
J’étais si bien assurée du goût qu’elle avait pour moi que je ne me mettais pas en peine de l’éloignement du Roi pour ma personne: l’empire de la favorite sur le souverain était tel alors que, goût ou dégoût, il en passait toujours par où elle voulait.»

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De sa naissance dans une prison de Niort à sa mort dans le doux asile de Saint-Cyr, de l’obscure pauvreté de son enfance antillaise à la magnificence de la Cour, de la couche d’un poète infirme et libertin à celle du Roi-Soleil, de la compagnie joyeuse de Ninon de Lenclos au parti pris de dévotion de l’âge mûr, quel roman que cette vie !

Dans le personnage et le destin de Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon, qu’on surnomma « la belle Indienne », se reflètent les aspects contradictoires du « Grand Siècle », dissimulés sous l’apparence immuable de la majesté royale.

À partir d’une documentation considérable et en recourant aux nombreux écrits, souvent inédits, de Mme de Maintenon, Françoise Chandernagor a voulu restituer le vrai visage de ce témoin intelligent et sensible.

C’est à la découverte d’une femme belle avec esprit, ambitieuse avec dignité, secrète avec sincérité, raisonnable avec passion, que nous entraîne L’Allée du Roi.

L’échiquier de mal, Dan Simmons

L'échiquier du mal - Dan Simmons

«Nina allait revendiquer la mort de ce Beatle, John. Je trouvais cela de fort mauvais goût. Elle avait posé sur ma table basse en acajou, ses coupures de presse soigneusement classées par ordre chronologique, sobres faire-part de décès témoignant de tous ses Festins. Le sourire de Nina Drayton était plus radieux que jamais, mais aucune chaleur ne se lisait dans ses yeux bleu pâle.

«Nous devrions attendre Willi, dis-je.

-Bien sûr, Mélanie. Tu as raison, comme d’habitude. Suis-je bête. Je connais pourtant la règle.» Nina se leva et se mit à faire les cent pas, caressant distraitement les meubles ou s’exclamant doucement sur une broderie ou une statuette en céramique. Cette partie de la maison avait jadis été une serre, mais je l’utilisait à présent comme « ouvroir ». Il y restait encore quelques plantes vertes pour capter la lumière matinale. Le soleil faisait de cette pièce un agréable lieu de séjour durant la journée, mais à présent que l’hiver était là, elle était trop froide pour qu’on y passe la soirée. Et je ne goûtais guère le sentiment que faisaient naître en moi les ténèbres qui se rassemblaient au-dessus de tous ces panneaux vitrés.

«J’adore cette maison», dit Nina. Elle se tourna vers moi et me sourit. «Tu ne peux pas savoir comme je suis impatiente de revenir à Charleston chaque fois que l’occasion se présente. Nous devrions tenir toutes nos réunions ici.»

Je savais à quel point Nina détestait cette ville, cette maison.

«Willi aurait de la peine, dis-je. Tu sais qu’il adore nous montrer sa maison de Beverly Hills. Et ses petites amies.

-Et ses petites amies», ajouta Nina, et elle éclata de rire. Nina avait changé de bien des façons, s’était assombrie de bien des façons, mais son rire n’en avait presque pas été affecté. C’était toujours le même rire rauque mais enfantin que j’avais entendu pour la première fois bien longtemps auparavant. Il m’avait attirée vers elle alors: une adolescente solitaire réagissant à la chaleur d’une autre adolescente solitaire, tel un papillon attiré par une flamme. A présent, il ne faisait que me glacer et me mettre sur mes gardes. Nombre de papillons avaient été attirés par la flamme de Nina au fil des décennies.

«Je vais faire servir le thé», dis-je.»

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Ils ont le Talent.
Ils ont la capacité de pénétrer dans notre esprit pour nous transformer en marionnettes au service de leurs perversions et de leur appétit de pouvoir. Ils tirent les ficelles de l’histoire. Sans eux le nazisme n’aurait peut-être jamais existé, et nombre de flambées de violence, tueries, accidents inexpliqués n’auraient peut-être pas ensanglanté notre époque. Car ils se livrent aussi entre eux une guerre sans merci, selon des règles empruntées à celles des échecs.
Ce sont des vampires psychiques.