L’Allée du Roi, Françoise Chandernagor

L'alée du Roi- Françoise Chandernagor

«Un jour, étant venue passer quelques heures à Versailles chez Madame de Montespan, j’étais allée en promenade avec elle et Madame d’Heudicourt; cette dernière dit au Roi que Madame de Montespan et moi avions parlé devant elle de choses si relevées qu’elle nous avait bientôt perdues de vue. Le Roi en fut si fâché que, pensant que sa maîtresse pouvait avoir plus de plaisir à m’entretenir qu’à lui parler, il exigea d’elle, par une délicatesse de passion, de ne pas me dire un seul mot le soir, quand il serait sorti de sa chambre. Je m’en aperçus bien et voyant qu’on ne répondait plus à toutes mes questions que par un «oui» et un «non» assez secs:

-J’entends, dis-je à la favorite, ceci est un sacrifice; je vais le tourner au profit de mon sommeil et me retirer.

Mais, comme je me levais, Madame de Montespan m’arrêta, charmée que j’eusse pénétré le mystère; la conversation n’en fut que plus vive après.

-Savez-vous, lui dis-je, de quoi nous avons l’air à causer ainsi toutes deux après la promesse de silence qu’on a exigée de vous? Eh bien, nous faisons à l’homme qui vous aime ce que fit, il y a quelques années, Mademoiselle de Lenclos au marquis de La Châtre: il avait obtenu d’elle un billet où elle lui promettait fidélité; elle n’en continua pas moins de mener son train ordinaire mais, chaque fois qu’elle prenait un nouvel amant, elle disait entre ses dents: «Ah, vraiment, le bon billet qu’a La Châtre!» Le billet qu’a ce soir certain homme de votre connaissance ne vaut guère mieux apparemment!

Madame de Montespan riait, et, d’historiettes en moralités, nous causions fort agréablement des nuits entières quand j’allais la trouver dans ses palais.
J’étais si bien assurée du goût qu’elle avait pour moi que je ne me mettais pas en peine de l’éloignement du Roi pour ma personne: l’empire de la favorite sur le souverain était tel alors que, goût ou dégoût, il en passait toujours par où elle voulait.»

♦♦♦♦♦♦

De sa naissance dans une prison de Niort à sa mort dans le doux asile de Saint-Cyr, de l’obscure pauvreté de son enfance antillaise à la magnificence de la Cour, de la couche d’un poète infirme et libertin à celle du Roi-Soleil, de la compagnie joyeuse de Ninon de Lenclos au parti pris de dévotion de l’âge mûr, quel roman que cette vie !

Dans le personnage et le destin de Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon, qu’on surnomma « la belle Indienne », se reflètent les aspects contradictoires du « Grand Siècle », dissimulés sous l’apparence immuable de la majesté royale.

À partir d’une documentation considérable et en recourant aux nombreux écrits, souvent inédits, de Mme de Maintenon, Françoise Chandernagor a voulu restituer le vrai visage de ce témoin intelligent et sensible.

C’est à la découverte d’une femme belle avec esprit, ambitieuse avec dignité, secrète avec sincérité, raisonnable avec passion, que nous entraîne L’Allée du Roi.

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