L’échiquier de mal, Dan Simmons

L'échiquier du mal - Dan Simmons

«Nina allait revendiquer la mort de ce Beatle, John. Je trouvais cela de fort mauvais goût. Elle avait posé sur ma table basse en acajou, ses coupures de presse soigneusement classées par ordre chronologique, sobres faire-part de décès témoignant de tous ses Festins. Le sourire de Nina Drayton était plus radieux que jamais, mais aucune chaleur ne se lisait dans ses yeux bleu pâle.

«Nous devrions attendre Willi, dis-je.

-Bien sûr, Mélanie. Tu as raison, comme d’habitude. Suis-je bête. Je connais pourtant la règle.» Nina se leva et se mit à faire les cent pas, caressant distraitement les meubles ou s’exclamant doucement sur une broderie ou une statuette en céramique. Cette partie de la maison avait jadis été une serre, mais je l’utilisait à présent comme « ouvroir ». Il y restait encore quelques plantes vertes pour capter la lumière matinale. Le soleil faisait de cette pièce un agréable lieu de séjour durant la journée, mais à présent que l’hiver était là, elle était trop froide pour qu’on y passe la soirée. Et je ne goûtais guère le sentiment que faisaient naître en moi les ténèbres qui se rassemblaient au-dessus de tous ces panneaux vitrés.

«J’adore cette maison», dit Nina. Elle se tourna vers moi et me sourit. «Tu ne peux pas savoir comme je suis impatiente de revenir à Charleston chaque fois que l’occasion se présente. Nous devrions tenir toutes nos réunions ici.»

Je savais à quel point Nina détestait cette ville, cette maison.

«Willi aurait de la peine, dis-je. Tu sais qu’il adore nous montrer sa maison de Beverly Hills. Et ses petites amies.

-Et ses petites amies», ajouta Nina, et elle éclata de rire. Nina avait changé de bien des façons, s’était assombrie de bien des façons, mais son rire n’en avait presque pas été affecté. C’était toujours le même rire rauque mais enfantin que j’avais entendu pour la première fois bien longtemps auparavant. Il m’avait attirée vers elle alors: une adolescente solitaire réagissant à la chaleur d’une autre adolescente solitaire, tel un papillon attiré par une flamme. A présent, il ne faisait que me glacer et me mettre sur mes gardes. Nombre de papillons avaient été attirés par la flamme de Nina au fil des décennies.

«Je vais faire servir le thé», dis-je.»

♦♦♦♦♦♦

Ils ont le Talent.
Ils ont la capacité de pénétrer dans notre esprit pour nous transformer en marionnettes au service de leurs perversions et de leur appétit de pouvoir. Ils tirent les ficelles de l’histoire. Sans eux le nazisme n’aurait peut-être jamais existé, et nombre de flambées de violence, tueries, accidents inexpliqués n’auraient peut-être pas ensanglanté notre époque. Car ils se livrent aussi entre eux une guerre sans merci, selon des règles empruntées à celles des échecs.
Ce sont des vampires psychiques.

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