La saga Malaussène – Daniel Pennac

Malaussène- Pennac.JPG

« Je vis je meurs je me brûle et me noie

J’ai chaud extrême en endurant froidure

La vie m’est trop molle et trop dure

J’ai grands ennuis entremêlés de joie

– Clara, quand tu récites, marque donc les temps. En poésie, les silences jouent le même rôle qu’en musique. Ils sont une respiration, mais ils sont aussi l’ombre des mots, ou leur rayonnement, c’est selon. Sans parler des silences annonciateurs. Il y a toutes sortes de silence, Clara. Par exemple, avant que tu ne te mettes à réciter, tu photographiais le chat blanc sur la tombe de Victor Noir. Suppose que nous nous taisions après que tu auras récité. Sera-ce le même silence?

– Le «sera-ce», Benjamin, le «sera-ce»? Je m’interroge…

Elle se moque gentiment, passe son bras sous le mien, nous continuons notre ballade dans un Père-Lachaise ensoleillé où Clara vient de me faire remarquer que la quasi-totalité des chats sont noirs ou blanc. A la rigueur noir et blanc. Mais jamais colorés. […]

-Louise Labé, ma chérie, revenons à Louise Labé, récite le deuxième strophe, et tâche de respecter les silences, l’examinateur t’en sera reconnaissant.

Tout à un coup je ris je larmoie

Et en plaisir maint grief tourment j’endure 

Mon bien s’en va et à jamais il dure

Tout en un coup je sèche et je verdoie

-D’après toi, de quoi parle-t-elle, Clara? Qu’est ce que c’est que ce tremblement de tous ces nerfs, ce séisme, ces courts-circuits?

-On dirait qu’elle est inquiète, inquiète et en même temps très sûre d’elle-même.

-Inquiétude et certitude, oui, tu y es presque, récite le vers suivant, rien que le suivant.

Ainsi Amour inconstamment me mène.

-L’Amour, ma Clarinette, c’est l’Amour qui nous met dans cet état, regarde ta sœur, par exemple.

Ici, elle s’arrête pile au milieu de l’allée, et me photographie.

-C’est toi que je regarde!

Puis:

-Qui était-elle, au juste, Louise? Je veux dire par rapport aux autres de son époque, les Ronsard, les Du Bellay?

-Elle était l’être le plus accompli de la Renaissance, la poésie la plus subtile et la barbarie musculaire la plus radicale. Elle maniait l’épée et se déguisait en homme pour participer à des tournois. Elle est même montée à l’assaut des murailles, au siège de Perpignan. Après quoi, elle taillait sa plume d’oie le plus fin possible pour écrire ça, qui enfonce toute la poésie de son temps.

-Il y a des portraits d’elle? Elle était belle?

-On l’appelait la Belle Cordière.

Ainsi se poursuit notre promenade, Clara photographiant, moi disséquant pour elle le sonnet sublime, elle me jetant des regards éblouis, et moi pensant, comme le Cassidy de Crosby, que si j’étais prof j’aimerais ce métier pour toutes sortes de mauvaises raisons, dont mon goût immodéré pour cette admiration naïve. »

Au bonheur des ogres, Daniel Pennac

Au début du mois, je suis tombée en panne d’inspiration et d’envie de lecture. Mais, comme je peux difficilement rester sans livre, j’ai choisi de me replonger dans cette saga, déjà lue et relue. Ce sont les livres de mes années bac, et aussi un peu après, pour un mémoire, en métiers de livre. C’est une lecture fraîche et vivante, avec des personnages tellement attachants. C’est ce qu’il faut de polar et d’enquête. C’est la plus belle visite littéraire de Paris que j’ai pu faire, avec les histoires de Pierre Gripari, mais là, c’est du domaine de mon enfance. C’est un gars de coin, Pennac, un grand homme. Un de ceux qui croient en l’humain.

Après l’attentat du 14 juillet, je me suis sentie, et je me sens encore, envahie par toute cette brutalité, cette tristesse, ces deuils, cette aberration, cette incompréhension. C’est chez moi, chez nous. C’est un lieu de promenade familiale, où nous allions régulièrement. C’est notre ville. C’est en bas de chez nous. Et c’est horriblement difficile à réaliser et à accepter.

Ces livres auront été une bouffé d’oxygène ces derniers jours, une bouée de secours, la possibilité de s’évader, vers un autre univers, où la vie est brute, mais est vie. Où l’espoir est fort, et l’amour omniprésent. L’Amour…

Comme avec le violon de David Oistrakh en novembre, je voulais vous offrir ce petit quelque chose.

Et merci à Manowen qui, en partageant ses lectures sur Instagram, m’a donné envie de renouer avec la famille Malaussène.

La saga dans l’ordre: Au bonheur des Ogres, La fée Carabine, La petite marchande de prose, Monsieur Malaussène, Monsieur Malaussène au théâtre, Des chrétiens et des Maures, Aux fruits de la passion, Daniel Pennac

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2 réflexions sur “La saga Malaussène – Daniel Pennac

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